[ Et bam, dans vos gueules. ]

[ Et bam, dans vos gueules. ]
Ca a commencé comme ça :

Un camion de police; Trois flics qui sortent armés de matraques. Le vieux assis par terre qui parlait tout seul a pas eu le temps de comprendre, on lui tenait déjà les deux bras et les deux pieds.

_ " Mais non ! Lachez moi ! je suis pas fou j'vous dis, je suis pas fou !"

_ " Qu'est ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il vous a fait ce vieux ? Vous pouvez pas être moins agressifs ?"

Les regards se tournent vers moi.

_ "Ca ne vous regarde pas monsieur. Degagez le passage."

Le vieux gueule une dernière fois avant de se faire enfermer dans le camion.

_ " La peur n'évite pas le danger ! La peur est un danger ! Contactez Mademoiselle Bless ! C'est important, je vous jure qu'elle existe ! Elle va voux donner la vie, c'est promi ! Ca ne veux pas rien dire ! Ca ne veux pas rien dire !"

Le camion démarre. Rue vide et silencieuse. Je tourne les talons, et m'en vais. Mon chapeau haut de forme, mes chaussures noires, et ma canne qui résonne sur chaque pavé, font de ma silhouète un fantome du passé, image que j'aime a semer dans la ville.

Ca n'était pas des balivernes. J'avais toujours consideré les fous comme des êtres superieurs. J'avais toujours trouvé ça trop simple d'être juste un homme. Un fou, aprés tout, était un homme qui racontait ses réalités sans que personne ne veuille jamais l'écouter.
Il me fallait reflechir. En fait, il me fallait boire. Oui, me bourrer la gueule, j'avais envie.

Me voilà donc accoudé au bar le plus proche, à enchainer les whiski. Les yeux perdus dans le fond de mon verre. Les yeux dans le vide, c'est mignon tout plein. Je gribouille sur une serviette en papier. Mademoiselle Bless... Je ne sais pas pourquoi, mais ce nom... Il sonne trés mal, et pourtant, il m'inspire une créature merveilleuse. Jolie demoiselle Bless, jolie demoiselle... Elle va me donner la vie.. oh.. oui... Jolie demoiselle... Peau douce, poitrine gonflée... Poitrine gonfl...

_ "Monsieur, le bar va fermer. Si vous pouviez remporter vos dessins érotiques, vous avez gribouillé une trentaines de serviettes avec vos conneries. "

_ "Hein...? Oh... merde. Je... Je suis désolé... Je cherche Mademoiselle Bless vous comprenez ..."

_ "Oui oui j'ai compris, celle avec les gros nichon. Ben elle est pas ici, bonsoir monsieur."

Cette fois c'est moi le fou. Certes, j'ai du boire beaucoup pour vider mes poches à ce point sans voir le temps passer. Certes, je ne dois pas avoir l'air fin, et je ne marche pas droit. Mais est-ce que ça fait de moi un fou? Non. De toutes façon, le seul fou est celui qui ne croit pas l'être. Oh et puis je suis fatigué. Et puis Mademoiselle Bless... Oh je voudrait la voir, je voudrais qu'elle me donne la vie, comme il a dit... Pourquoi la folie des autres ne m'atteint-elle pas, hein? Pourquoi il n y a que lui qui aurait le droit de connaitre l'existence d'une si jolie créature? Pourquoi ne peut-on pas choisir de devnir fou ?!

Je marchais sur le trottoire, en disant tout celà a voix haute, hésitant entre les larmes et le rire, puis je criais plus fort :

Salop de pauvre fou ! Tu injectes des rêves dans ma tête puis tu ne me montre pas le chemin pour les atteindre ! Tu crée des mirages et des passions en moi avec un simple nom ! Mademoiselle Bless ! Mais quel horrible nom ! Quel horrible nom, je vais en crever de ce nom, elle est trop jolie pour avoir un nom si laid ! Salop de fou ! Salop ! Tu vas me rendre.. fou ! Tu va me rendre fou ! Rah je te hais .. Je ? Je ...

Ecran noir. Néant ephemère.

_ "Bonjour, bienvenu chez les fous."

Les yeux toujours fermés, j'imagine une dernière fois comment va être la jolie demoiselle en face de moi, celle qui me parle avec une voix si douce, c'est... c'est ...

Une gamine ?!

_ "Vous vous attendiez à quoi ?"
_ "Ben..."
_ "Vous les adultes, vous êtes vraiment tous les mêmes."

Elle était jolie quand même. Mais... Vous savez, toute la nuance qu'il y a entre le mot "belle", et le mot "mignonne". Ben voilà. Chose un brin génante : elle était nue. Ca, c'était un poil embettant. Ne me demandait pas pourquoi, mais je trouvais ça horriblement genant. En dehors de ça, elle n'avait rien d'extraordinaire.

_"Oui je sais, je n'ai rien d'extraordinaire. Désolée de vous decevoir monsieur, mais c'est comme ça. Et puis ne croyez pas que c'est si facile de devenir fou, un long chemin immobile vous attends. Sachez tout d'abord qu'il y a deux sortes de fous, et ...

Il y eut un coup de vent un peu brusque, et elle bascula. Etonné je l'aiais à se relever.

_ " Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est quand même pas le vent qui t'as fais tomber !"

_ " Si... "

Elle avait l'air genée, un peu honteuse. Et alors là, subitement, y a eu ce petit truc qui fond dans mon ventre. Vous savez, comme quand vous voyez un chaton abandonné sur le bord de la route, et que vous vous dites "non impossible plus de place à la maison", et que finalement...

_ "Tu sais, t'es pas si decevante que ça, aprés tout va."

Elle a sourie, et je me suis senti tout mou, fatigué. J'étais bien ici, j'étais...

_ "Tiens d'ailleurs ou sommes-nous?"

_"Peu importe non? Les fous ne se posent pas se genre de questions."



J'étais fatigué. Trés fatigué. Allez savoir pourquoi, je me complaisais dans un sentiment cotonneux, une paraisse inexplicable, et un attendrissement honteux. La gamine chantonnait, et tentait de saisir les rayons insésissables du soleil brulant. Et moi... Moi je m'emervaillais. Moi qui était tout d'abord décue par la créature, j'étais à present incapable de détacher mes yeux de sa peau planche, sa nuque lisse, ses yeux doux, ses l^vres fines, ses formes inexistantes et son dos courbé.

La nuit est arrivée comme arrive un ami : Doucement et sans prevenir. Je tentais de communiquer avec Bless, qui, beaucoup trop timide pour tenir une conversation adulte, se contentait souvent de réponses courtes et simples. Ca n'était pas simple de la faire parler, et celà rendait la chose encore plus agréable. La voir chercher ses mots, rougir, baisser les yeux, puis étouffer une réponse dans un rire enfantin... Son rire m'emplissait de bonheur. Parfois elle se levait, souriait, puis partait en courant pour se rouler dans l'herbe, toujours accompagné par ce rire enfantin qui habite sa gorge et qui me réjouit tant.

Puis elle est revenu s'assoire prés de moi, et subitement, elle semblait dépourvue de force et de souffle. Elle se faisait minuscule, se recroquevillait, et tremblais.

C'est étrange, ce sentiment amoureux qui naissait en moi. Cette envie insensé de la prendre dans mes bras, de coller sa tête dans le creux de mon épaule, et de rester là, comme ça, pour toujours ...

Le vent soufflait trés fort tout à coup, et la pluie, et la neige, et le froid, venaient se meler à mon sourire. Et elle ne bougeait pas, paralysée par le froid. Et moi, moi j'étais fatigué, crevé, au bout du rouleau, inexplicablement à bout de souffle.
Je murmurais :
_"Bless ..."
Et avec un effort douloureux, je passais mon bras derrière son dos afin de coller son petit corps contre le mien.
Je souriais comme un imbecile, lorsqu'elle a murmuré d'une voix tremblante ...

_ "Il y a deux sortes de fou... Il y a le Fou, le vrai fou, celui qui est né fou, et qui mourra fou, celui qui est totalement depourvu de la moindre conscience, et qui ne vie depuis toujours qu'à travers des rêves qu'il définit comme réalités. Ce fou là, est un homme heureux, stupide, inconscient. Mais heureux, sans doute le plus heureux.
Et puis il y a le pauvre fou..."

De quoi parlait-elle ? Mon cerveau semblait revenir lentement sous mon crâne... Qu'est-ce que je foutais là ? Quelle magie m'avait rendu si débile et inactif ? Depuis combien de temps? Pourquoi...?

Elle continuait douloureusement, comme pour répondre à mes questions :

_ "Le pauvre fou n'est qu'un homme. Un homme qui, las de porter sa conscience sur son dos, tente de bruler son fardeau, et de fuir la réalité. Cet homme là est lâche, trop rêveur, et incapable de finir la réalité qu'il avait commencé par accepter. Cet homme là, dans sa quète de l'inconscience, devra s'accompagner, afin d'être aussi fou qu'il le pretend, d'une ... fée..."

La voix se faisait de plus en plus basse, et deux ailes venaient de pousser dans le dos de Bless. Affolé, je la repoussais en criant :

_ "Bless ! Qu'est ce qui se passe ? Qu'est ce que tu fais ? Bless !"

C'est en prononcant ces mots que j'ai compris. "Qu'est ce que tu fais, Bless...". C'était evident. La Fée bless... La jolie, la petite, l'adorable faiblesse ...

Je reculais d'horreur face à cette revelation. La conscience qui avait entreprit jusqu'ici de s'enfuir sournoisement de mon cerveau à la vue de cette gamine, revenait m'assomait à grad coup de réel et de ridicule.
Bless levait les yeux vers moi, et demandait pardon timidement. Repugnant spectacle, répugnante Fée, répugnante faiblesse.
Je me detestais ! C'était pourtant si simple ! Quoi d'autre que la faiblesse pouvait me rendre ridicule à ce point ? La fatigue, l'inconscience, le sourire niais, l'amour...
Tout ça n'était que faiblesse !

Je ramassais mon chapeau, ma canne, et je partais doucement à reculons, pendant que Bless me faisait un triste aurevoir de la main...

Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais allongé sur un trottoire humide, et j'avais gerbé dans le caniveau.
# Posté le jeudi 31 mars 2005 15:40

Nous avons tous nos peurs et nos tords, nous avons tord d'avoir peur de les vaincre

Nous avons tous nos peurs et nos tords, nous avons tord d'avoir peur de les vaincre
Jack joue du violon. Il en a joué hier, il en jouera demain. Il en joue aujourd'hui. Jack joue du violon. Toujours dans la même rue, depuis longtemps, presque depuis toujours. C'est la rue du Défi. C'est une rue remplie de choses utiles, des grand immeubles ou les gens vont signer des petits papiers, et de grandes décisions. Des grands magasin, et des grandes personnes. C'est une rue ou tout le monde est pressée, et pour Jack, c'est la rue du défi. Jack est toujours là, sous le petit abris, le chapeau posé par terre, toujours. Il arrive trés tôt le matin, il repart trés tard le soir. Il n'y a pas d'avant, pas d'aprés, Jack joue du violon, et c'est tout. Jack ne sait pas s'il fait un Do, ou un Mi. On n'a jamais apprit ça à Jack. Jack il fait de la musique, pas des maths, pas des mots...
C'est la rue du Défi, parce que Jack, à la fin de la journée, il compte les sourires qu'il a réussit à faire naitre sur les lêvres des gens. C'est ça, le Défi. Jack il est pas riche, Jack il est pas pauvre. Mais Jack il s'en fout, il veut des sourires, pour voir, pour tester le pouvoir de sa musique. Est ce que l'hymne à la joie fera autant sourire qu'un rayon de soleil ? Est-il plus fort qu'une grasse matinée ? Est-il aussi agréable de l'écouter jouer que de faire les soldes ? Jack ne comprend pas les gens, Jack ne vit pas comme eux, n'a pas les mêmes envies ni les mêmes ambitions. Jack parfois, il a honte, il se trouve prétentieux, et même des fois, il se trouve égoiste d'être heureux comme ça, pour rien, alors que les autres ont besoin de tant de choses pour sourire.
Jack n'avait peur que d'une chose : perdre son violon.
Son père, il a dit que ça serait un grand muscicien. Jack ne mesure qu'1m65. Son père aussi, il a dit un jour, que c'était pas grave de pas savoir les notes, que ce qui comptait, c'était d'avoir l'oreille. Et il a dit : " Toi Jack, toi tu as l'oreille."
Et bien Jack, il y croit. Il a peut être pas les notes, ni l'argent, ni le meilleur instrument, mais Jack, il a l'oreille.


Pya passait tous les jours dans la rue du Défi pour rentrer du lycée. Pya detetsait cette rue. Trop de gens, tous trop grands, qui la bousculent. Trop de gosses qui hurlent, qui sont mal, qui ont peur. Pya n'avait jamais peur. Pya elle detestait cette rue, parce que les immeubles immenses étaient oppressants, et qu'elle, elle était toute petite.
Pya était d'origine Japonaise. Les yeux bridés, les cheveux noir eben, tirés en arrière et rattachés en chignon par une baguette de bois trés fine.
Au milieu de la rue du Défi, elle s'arretait toujours au même endroit, juste là, sous le petit abris, là ou sa tête pouvait s'enfuir en écoutant quelques minutes le doux son du violoniste au sourire d'argent.
Pya se cachait toujours derrière la grande poubelle, et elle s'asseyait quelques minutes, les yeux fermés, pour écouter. Pourvu que personne ne la voit, la petite Pya qui doit se depecher de rentrer chez elle, la petite Pya qui ne peut resister à la musique enivrante qui lui enveloppe l'esprit.
Pya avait 16 ans, une famille trop nombreuse. Ce genre de famille Asiatique ou les gosses sont une dizaine autours de la table, sans qu'aucun d'entre eux ne connaisse le mot "silence". Une famille qui fait du bruit, beaucoup de bruit. Pya n'aimait pas le bruit. Pya aimait la musique. Pya avait un secret...

Lundi pluvieux. Lundi banal. Quoique ... Immonde cracha qui part de la bouche d'un homme bourru, et peut être même bourré, et qui atteri dans le chapeau d'un certain violoniste.
Le muscicien ne s'arrète pas, ça n'est pas important.
Mais l'homme, lui, s'arrète, s'approche du violoniste, le regarde droit dans les yeux, et prononce, en séparant bien chaque syllabe :

_ "Pauvre Fou. De la musique ? Qu'est-ce que la musique ? Un mot ! Un souffle ! Un courant d'air. Rien. RIEN ! C'est donc la ta seule ambition ? La musique ? Pauvre fou, pauvre fou... Qu'est-ce que la musique ? "

Une voix surgit de derrière poubelle :

_ " Des étoiles ! Des sourires ! Tout un monde, un coucher de soleil ! Une femme, une amante, un amour, un secret, un rêve ! Un conte au coin du feu, un ami, une famille, un ciel d'été, une pluie fine et tiède ! Quelque chose de magique qui fait naitre les sourires et qui tue le desespoir, voilà ce que c'est, cette musique, monsieur ! "

Silence. Jack regarde la petite Pya avec des yeux emerveillés. Jack sourie comme jamais. Jack est heureux, Jack est le plus heureux.
Pya se tient bien droite, face à l'homme deconcerté qui soupire, crache une dernière fois, et s'en va.

_ " Joli définition de la musique. Merci ! "
_ " Je connais que la votre, de musique, et c'est ça qu'elle m'inspire."
_ "Mine de rien, tu t'es pas dégonflé, il aurait pu te casser en deux; Je me demande pourquoi il l'a pas fait d'ailleurs."
_ "parce qu'il a eu peur."
_ "Peur de toi ?"
_ "Oui."
_ " Les gens ont souvent peur de toi ?"
_" Seulement quand je le décide."
_ "C'est un sacré pouvoir."
_ " Et encore, ça n'est pas tout ..."
_ " Raconte."
_ "D'abord, tu joues."

Jack entama une mélodie de son invention.
Pya ferma les yeux. Et dans sa tête, c'était magique. Opéra de soleil, danse de magie, Pya savourait.
Puis Jack toucha la dernière note, posa le violon, et s'assit à coté de la petite nippone.

_ " Alors, raconte moi tout !"
_ " ... Non, une autre fois !"

Pya s'enfuite. Jack reprit son violon, et joua, toute la journée puis toute la nuit, sans s'arreter, ne cessant de repeter dans sa tête :

"Des étoiles ! Des sourires ! Tout un monde, un coucher de soleil ! Une femme, un amant, un amour, un secret, un rêve ! Un conte au coin du feu, un ami, une famille, un ciel d'été, une pluie fine et tiède ! Quelque chose de magique qui fait naitre les sourires et qui tue le desespoir, voilà ce que c'est, cette musique, monsieur ! "

Mardi ensoleillé. Mardi banal. Quoique ...

_ " Hey ! Toi là ! Je te reconnais ! Arrète toi ! Hé, gamine ! S'il te plait !"

Pya s'arreta, et fit deux pas en arrière :

_ "Oui...?"
_ " Je... je veux savoir."
_ " Qu'est ce que tu veux savoir, au juste ?"
C'était une bonne question. Y avait-il quelque chose à savoir? Pourtant il était sur qu'hier, elle avait commencé à lui avouer quelque chose...

_ " Ton... ton secret ?"
_ " Mon secret, c'est un secret."
_ "oui, mais moi, je t'offre des étoiles et des sourires, un monde et un coucher de soleil. Alors tu peux bien partager ton secret avec un vieux violoniste, non ?"
_" Trés bien, si tu insiste. Alors suis moi, et souviens toi d'une chose, la regle d'or : Nous avons tous nos peurs et nos tords, nous avons tord d'avoir peur de les vaincre. "


Néant. Trou noir.

_ " Ou sommes nous ? Qu'est-ce qui s'est passé ?"
_ "Rien. Il ne s'est absolument rien passé. Mais nous sommes ailleurs. Bienvenu, et surtout, n'ai pas peur."
_ "Peur, mais de quo...ARGH !"
_ " Voilà. De ça, entre autres."

L'endroite était trop sombre pour savoir si c'était une grande pièce, ou un petit jardin, ou une cave, peu importe. Jack venait de sentir un liquide étrange sous sa main, qui semblait inonder tout le sol.

_ " Qu'est ce que...?"
_ " Peu importe, n'ai pas peur je t'ai dis. Souviens toi : Nous avons tous nos peurs et nos tords, nous avons tord d'avoir peur de les vaincre."

Jack se tut. Il tenta de faire le vide dans sa tête. Pya lui attrapa la main, et le traine dans une autre pièce. Celle-ci était allumée, une lumière jaune vive qui se reflettait sur les murs de béton gris. Les ampoules semblait prètes à éclater à chaque instant, si on en croyait le grésillement qu'elles émettaient. Au fond de la pièce : un homme, vétu d'un pantalon bouffant, torse nu, les bras croisés, le regard dur.

_ " Qui est-ce ?"
_ "Un samouraï. Le plus grand des samouraï."
_ " Quoi? Bon sang, mais ou sommes nous ?"
_" Ne cède pas à la panique, reste calme, peu importe l'endroit ou nous sommes."

Pya regardait toujours droit devant elle. Elle était calme, seraine.
Jusqu'a ce que ...

_ " Attrape ça !"

Un sabre avait atteri dans la main droite de Jack :

_ " Quoi? Mais ...? Pourqu...? "

_ " Ferme là bon sang ! Nous avons tous nos peurs et nos tords, nous avons tord d'avoir peur de les vaincre ! "

Jack avala sa salive avec difficulté, et repetait la phrase sans cesse dans sa tête. Il senti quelque chose fendre l'air tout prés de son oreille, il sursauta, puis par reflexe, brandi son sabre.
Autours de lui, cinq guerriers au regard cru, semblait ne vouloir qu'une seule chose : remplire la pièce d'à coté avec son sang. Il observa Pya une seconde.

Elle se battait. Elle se battait comme un dieu. Les yeux fermés. Elle semblait tout maitriser, parfaitement, elle semblait deviner chaque coup que l'adversaire aller donner, et elle les parait à merveille. Elle defiait toutes les lois de la gravité, bondissait comme une sauterelle, se roulait par terre pour esquiver les coups en hauteur, et n'hézitait pas a trancher les membres, faisant jaillir un sang qui ne semblait pas l'effrayer.

Pour Jack, c'était autre chose. Tremblotte, clignements d'yeux, begayement. Pitoyable. Lamentable. Et voilà qu'un samouraî le remarque, et s'approche de lui, l'air de dire : " Tout va bien se passer, tu vas juste mourir."
Chacun des guerriers semblait entierement dépourvu de haine et de mauvaise conscience, tous semblait serain, et sur de leurs actes. Ces hommes étaient en train de faire la guerre, tout en étant sur d'instorer la paix.
Tchak ! Tchak !
Jack venait de réussir a parer deux coups, c'était un miracle. Pya remarqua sa maladresse, et elle murmurra :

" Chaque homme que tu vois, chaque pupille qui te regarde, dit toi que chaque chose est une note de musique. Regarde... Sa pupille... son nez... chacun de ses doigts... Chaque coup de lame dans leur chaire va former une note, et chaque note détruira ta peur. Ferme les yeux, et joue ! "

Jack prit alors son sabre differement, le tenant comme un archer. Puis il ferma doucement les yeux. Soudain, il comprit ce que Pya tentait d'expliquer. La musique ! Il l'entendait !
Shlak ! Le poignet... joli son... ShlAack ! Le molet, fendu, une note longue et basse, parfait.
Ca y est, Jack dansait ! Il n'y avait plus de peurs, plus rien à part la musique, cette nouvelle musique si... vivante. De haut en bas, de clé de Sol en sabre d'acier, faites tourner les sons, et formez la mélodie de l'assurance, en tuant les silences de la peur.

Puis silence. Fin du morceau. Jack ouvre les yeux. Autour de lui, juste Pya, et le grand samouraï, au fond, qui n'a pas bougé. Pas une goutte de sang. pas un corp. Rien.

Jack demanda, calmement :

_ " Illusion ? "
_ " Exact. Comme tout le reste."
_ " Je vois... Trés instructif. "
_ " Enormement."
_ " Ca fait longtemps que tu viens ici ?"
_ " Deux ans. Je m'entraine à être un être humain."
_ "Nous n'en sommes pas déjà ?"
_ "Oh que non. Nous sommes des créatures prétencieuses et trouillardes, qui se créent des angoisses afin de se créer des réconforts."
_ "... "
_ " Tu t'es bien débrouillé. Tu as retenu quelque chose ?"
_ " Oui : Nous avons tous nos peurs et nos tords, nous avons tord d'avoir peur de les vaincre."

Jack et Pya sont reparti, main dans la main, sans que rien ne se passe.
Jack a bruler son violon.
Il a apprit que rien n'était insupportable. C'est Pya qui l'avait dit. " La seule chose d'insupportable, c'est que rien n'est insupportable."
Jack a comprit qu'il pouvait confectionner lui-même son violon, tous les soirs s'il le fallait.
Il le fallait.
Jack brulait son violon tous les soirs, et passait toutes ses nuits à en reconstruire un autre.
Jack ne revit plus Pya.

De quoi as-tu peur, Jack ? - De rien..
# Posté le jeudi 31 mars 2005 15:37

[ Ma Rature ]

[ Ma Rature ]
Ma rature.


Je m'appelles Morgan. C'est un bon début, non? Non. C'est un putain de début à la con , mais je m'en fous. Il est temps que je fasse le point. J'ai 17 ans, et une vie qu'on peut considerer comme normale. Les vies normales font de jolies histoires, parfois.
Je suis musicien, je crois. Disons plutôt que je fais de la musique. Rien d'extraordinaire à cela. A 17ans, tout l'monde fait de la musique me direz-vous. Et bien on voit que vous n'en faites pas. Tout le monde ne fait pas de la musique. Tout le monde fait sa musique. Et la nuance est importante. Dites moi juste une chose : vous aimez tous la musique, n'est-ce pas ?
Bien, c'est normal. Il n'y a que deux personnes sur terre qui n'aiment pas la musique :
Papa - Homme trés intelligent il parait, qui a voyagé a travers le monde, le plus cultivé que je connaisse. Le plus con, aussi. Ouais, l'un n'empèche pas l'autre. Esclave de sa propre richesse, adorateur du hurlement paternel, et quelques fois même, adepte de la violence physique, suivant l'humeur.
Maman - Pauvre Femme depourvue de certaines facultées intelectuelles tel que la conscience du monde, la solidarité, et la logique. Plutôt bonne cuisinière. Mère insupportable.
Voilà donc ma famille, ceux qui m'entourent depuis la naissance. Merci Papa, merci Maman.
Ah, j'oubliais un détail. Mon détail. Arnaud, mon petit frère. 11ans, plutôt marrant, un petit morceau d'avenir vivant. Doucement et lentement rongé par l'amertume des parents. S'il n'étais pas là, je me demande des fois ou je pourrais trouver les plus beaux sourires que je connaisse. Arnaud fait du piano, j'en suis fer.

Savez-vous comment dégouter un enfant de quelque chose ? Obligez-le à le faire tous les jours, à heure régulière, en temps limité, et au bout d'une semaine, il ne reverra plus que d'une chose : arreter. C'est comme ça que Maman arrive à dégouter mon petit frère du piano. Je la hais. Faites qu'il n'abandonne pas, s'il vous plait. Je le vois bien, maintenant, trainer les pieds jusqu'au piano tous les jours a 18h, aprés que maman l'ai appelé une dizaine de fois. Courage Arnaud, ne l'écoute pas, et joue !

Il faut que je passe mon bac. Il faut que je passe ce putain de bac. Ensuite je m'tirerais de cette baraque. Cette jolie baraque, avec de jolis rideaux, de beaux volets, un beau jardin, et un frigo plein. Une famille complète, des photos de famille sur le frigo, cette vie normale qui m'opresse, ces petits détails qui rongent la jeunesse pour ne laisser qu'une trace de dégout qui dégouline sur un carrelage trop propre. Je quitterais ces radiateurs a 500euro pièce, ce luxe superflu. Qui aurait cru qu'on pouvait nourrire une famille Burkinabaise pendant 2 mois avec ... un radiateur.
Un jour, je les casserais ces putain de radiateur dont personne n'a besoin, et qui sont là juste pour... juste pour rien.

Heureusement... Y a les potes. Putain ouais, heureusement ! Y en a plein, des dizaines. Le meilleur c'est Yan, depuis l'temps ! Et puis autours y en a cinquante, qui sont là pas loin, toujours le sourire au lèvres et la bière à la main. Toujours la porte ouverte. Toujours pret à chanter et à jouer, a danser et a rire. A rêver, à sourire. Ce soir j'suis chez Tran. Parce que ce soir, il était hors de question que je sois chez moi. Je connais à peine Tran, mais ça suffit toujours pour que sa piole soit la mienne. Parce qu'avec eux, la piole est toujours celle de tout l'monde.

Ca fait longtemps que je supporte mes parents. Parce que c'est mes parents. Mais là, aujourd'hui, non, c'était pas possible. Pourtant ça s'annoncait bien comme journée. On devait donner un petit concert en ville avec les potes. J'attendais ce jour là depuis un moment. Vous avez déjà joué de la musique sur une scène ? C'est unique comme sensation. Etre le centre du monde, mais pas de ce monde là. Etre le centre d'un monde, un monde de fête et de sourires, de chants et de musiques. Etre Dieu, sans le 7ème jour. Faire naitre sous ses doigts du sourire qui s'envole et qui va se coller sur les lèvres de chacun, c'est la chose la plus glorifiante que je connaisse.
Seulement voilà ...
Ce matin je me suis levé, et la guitare, elle était plus là. Ma guitare. Mon morceau de magie, ma seule fidèle, mon seule amour, la seule réalité qui vaille le coup d'être réelle. J'aurais pleuré de colère.
Je suis descendu en courrant, en chaussettes, j'ai crié "j'vous hais ! j'vous hais !" , et j'suis parti. Maman souriait. Elle sourait putain !

Huit heure, en chaussette, sous la pluie. Quelqu'un a dit "sous la pluie t'as l'droit d'pleurer". Merci à lui de l'avoir dit.
Quelqu'un qui ne fait pas de musique et qui n'a pas d'instrument ne devine pas à quel point un instrument peut devenir tout. Mes parents n'ont jamais supporté ça, parce que souvent, je m'enferme pendant des jours, avec pour seule et unique compagnie : ma guitare. Parce que je n'ai jamais eu de petite amie, juste ma guitare. Parce que des fois j'viens pas à table, je fais de la guitare. Parce que "qu'est ce que tu veux faire plus tard ?" - "De la guitare."
Papa et Maman ont du mal a supporter le bonheur. Ainsi, moi, j'ai du mal à me faire à l'idée qu'il existe.
J'ai regardé à la télé, et quand je l'ai éteinte, j'en ai conclue que le monde était pourri. J'ai regardé les gens, et j'ai compris que les gens étaient stupides. J'ai regardé la Rébulique Francaise, l'Education, les emplois, les pièces de 20 centimes d'Euro, les Menus du Mac Do, les sachets fraicheurs des biscuits aux céréales, la nouvelle bouteille de lait, le dernier forfait internet, l'ouverture facile du sachet de jambon, et le dernier Walt Disney. J'en ai conclue que tout était mal fait, baclé, à refaire.
J'ai regardé le soleil qui crée des secheresse, j'ai dansé sous la pluie qui innonde des villes entières, j'ai nagé dans la mer qui engloutie des terres, et quand je me suis écroulé sur la terre humide, j'ai compris que c'était eux les seuls innoncents.

Papa et Maman sont l'anti-bonheur. Si j'avais une maladie, ça serait "Papa et Maman". Papa et Maman ne sourient pas quand ils regardent leur vie, et ils ont raison. Papa et Maman sont des gens trés biens en dehors de ça, le voisinage les apprécie.

Le voisinage est comme eux. Le voisinage, c'est des cons.

Et moi j'suis là sous la pluie, entre deux sinistres villas pleines de radiateur à 500euros pièce. A me demander ce qu'ils ont pu faire de ma gratte, à esperer qu'ils en ont pas fait du petit bois.
Papa et Maman disent que je devrais trouver quelqu'un pour remplacer ma guitare. Je sais ce que ça veux dire. Leur fils a dix-sept ans, toujours celibataire, mon dieu.
Je les emmerde. J'ai regardé les filles. Pas comme vous les regardez. Je les ai regardé vraiment. J'ai regardé la manière dont elles fument leur clope avec cet air blasé qui n'a rien de naturel. J'ai regardé leurs vetements qui hurlent "regardez moi!", et elles en étaient fières. Je les ai vu dessiner des coeurs sur leurs cahier, et écrire le prénom d'un garçon qui n'est jamais le même, sur le bord de leur classeur. Je les ai entendu parler de choses ignobles dont elles n'oseraient jamais parler devant nous, les mecs. J'en ai vu des bourrées, des droguées, des bien roulées et des pas jolies, des discrètes, des excentriques, des belles, des moches, des poufs, des gothiques, des travailleuses et des sêcheuses, des gentilles, des hypocrites, des intelligentes et des débiles. Aucune n'est Elle-même. La fille est la chose la plus corrompue que je connaisse. Et donc implicitement, la plus ennuyante.

Un jour j'avais crée dans ma tête, une fillé bien. Une fille, vraiment bien. Je me souviens qu'elle avait une mèche bleue devant les yeux. Et qu'elle avait des rêves grands comme ça, et puis tellement naturelle, qu'elle en était surprenante.
Et puis je l'avais abandonné, c'était qu'un brouillon aprés tout. J'ai preferé ma guitare. Encore une fois.

Ma guitare... Tran m'a preté la sienne. Il est vraiment sympa Tran. Mais c'est pas ma guitare.
Il faut que je retourne chez moi, que je trouve ma guitare, et qu'on s'arrache d'ici, elle et moi.

_ "Merci Tran, t'es un vrai pote ! J'vais tenter d'aller récuperer la mienne maintenant."

_ "Ok man, mais tu vas faire quoi aprés ? Si t'as besoin d'un pieu, tu sais ou aller hein ! "

_ "Merci, mais ca ira ! Salut !"

Bien, je pars donc avec les groles de mon ami, trois tailles trop grandes, direction la maison. Et sur le chemin, je me promet une chose : " Tu entres, tu cherche la guitare, et surtout, tu sors pour ne plus jamais revenir. "
Ca me faisait mal de laisser mon petit frère. J'hésitais. Mais au fond, il n'avais pas besoin de moi. Ma conscience tremblait pour rien. Je me suis quand même promit de venir le tirer de là quand il serais un peu plus agé.
Ainsi, de promesses en reflexions, j'arrivais devant la porte verte de la maison qui m'a vu grandir. J'avance vers la porte, quand soudain ...

_ " Non ! "

Une mèche bleue devant les yeux, une gamine venait d'apparaitre devant moi, et se collait à la porte pour m'empecher d'entrer. Une gamine toute ratée, le visage floue, inachevé. Comme un dessin pas fini, un croquis, une esquisse. Et pourtant, à moi elle me paraissait bien plus complete que ce que j'avais imaginé.

_ " Quoi? Qui es-tu? On se connait il me semble... "

_ "Ne rentre pas, s'il te plait, part !"

_ "Ecoute jolie rature, j'ai traversé la ville sous la flotte avec des chaussures trop grandes pour entrer dans cette maison, qui au passage est la mienne, alors pousse-toi s'il te plait."

_ "Non... Faut pas y aller Morgan, tu vas pas être content aprés ! Et quand toi t'es pas content, ben moi ... "

_ "Bon ca suffit maintenant, retourne là d'ou tu viens, moi j'entre ! "

J'ai poussé violament le corp si leger de ma rature, et je suis entré dans la maison silencieuse.
Je ne vois pas ce qu'il y a de ce qui grave là dedans. Bref. Je passe par la cuisine : pas de guitare. Dans le couloir : pas de guitare. Je fouille dans la petite armoire : toujours pas de guitare.
J'entre dans le salon, et là, par terre a coté du piano, le cadavre de ma bien aimée. Le joli bois couleur miel eclaté en 3 morceaux inégaux, et les cordes arrachées. Et la petite rose sechée que j'avais glissée entre les cordes, gisant sur le sol, dépourvue de ses pétales.
Ca a fait POC dans ma tête. Comme si je venais de rentrer dans un mur de béton.
J'ai collé mes mains sur mon visage, et je me suis laissé tombé à genoux sur le carrelage blanc et froid.

_ " Je t'avais dis d'pas entrer .. Morgan... Allez, s'il te plais, pleure pas ... "

Elle était si petite, et si jolie, et si tout ce que j'aime, et si ... si baclée. Elle avait la voix toute tendre, venue de trés loin, posée là juste pour me rechauffer, moi pauvre adolescend déjà veuf. La main posé sur mon épaule tremblante, et des petites paroles murmurées, les paroles qui rassurent, je.. j'ai ...

_ "Ferme là. Je t'en pris tais-toi, t'es même pas finie, tu peux pas debarquer comme ça et tout remplacer. Vas-t-en, et ne fait pas de bruit. Laisse moi. Laisse nous."

Elle a pas fait de bruit. Mais elle est pas partie non plus. Moi, j'ai fais comme si.
J'ai attrapé les morceaux de ma guitare déchue, et en caressant le bois, j'ai fermé les yeux, et j'suis un peu partie ailleurs, dans ma tête, loin de la haine qui provoque la mort, et de la mort qui provoque la haine. Loin du monde materiel qui m'enchaine et m'emprisonne de sa matière épaisse et sadique.

Puis, j'entend le ronronnement d'un moteur. Ils rentrent.

_ "Vite, on s'tire ! "

J'ai attrapé sa main, et j'ai courru jusqu'au petit escalier qui mène au garage, en faisant tomber tout ce que j'pouvais sur mon passage, en brisant toute la vaiselle dans l'armoire, en ne laissant que ma colère en vague souvenir de leur progéniture imparfaite.
Arrivé dans le garage, je me suis rendue compte que j'avais embarqué avec moi celle que je venais de chasser. Je me suis assis sur le vélo de mon frère, et sans la regarder, j'ai parlé.

_ " Qu'est ce que je vais devenir ? Tu le sais toi ? Oh evidemment, je comptais pas sur ma guitare pour réussir ma vie. Mais... j'pourrais jamais m'en repayer une. Et sans ça ... "

_ " Tu ne penses qu'à la guitare? Tu ne te soucies pas de là ou tu vas aller ? Avec qui ? Comment tu vas gagner de l'argent ? Est-ce que tu as des diplomes ? Il te faut un toit. De l'argent surtout. Ca n'était qu'une guitare Morgan."

Plus elle parlait, plus je comprenais ce qu'il y avait d'inachevé chez elle. Tout. Tout ce qui aurait du la rendre differente, et que je m'étais contenté de considerer comme acquis. Elle ne comprenait rien, et pourtant j'avais cru un instant ...
Et puis non. Raté. Je ne savais rien faire d'autre que de la musique, tout le reste je l'avais toujours raté. Elle n'était qu'une rature. je l'ai regardé avec ces yeux qui veulent dirent "aurevoir, je me suis trompé", et je suis parti.
# Posté le jeudi 31 mars 2005 15:03

de Nulle-Part à Ailleurs

de Nulle-Part à Ailleurs
Nulle part. Néant, vide intersidéral. Rien en haut, rien en bas, rien sur les cotés. Rien devant, rien derrière. Pas d'horizon, pas de lumière ni de couleurs. Bienvenue Nulle part. Nulle ? Ah oui tiens, il faut que je vous présente : Nulle est le seule forme de vie ici, nulle-part. Elle a donné son nom à tout ce rien qui l'entoure. Nulle est une enfant, minuscule, comme si elle avait 6 ans, sauf qu'elle en a des centaines. Nulle est seule, et elle l'a toujours été. La contrée de Nulle Part s'étend sur des kilometres et des kilometres. Nulle est seule, elle existe sans vivre, et parcours tout son royaume, tout son rien, dans ce néant, cette bulle de vide, ce silence, là ou elle est la seule, l'unique, l'... Quoi ? Que vois-je? Une silhouette ? Une autre ? Serait-ce possible ? Il semble que Nulle s'en approche pour voir de quoi il s'agit...
_ Bonjour. Qui es-tu ?
_ J'sais pas.
_ Ben tu t'appelles comment ?
_ Miracle.
_ T'as quel âge ?
_ J'sais pas.
_ Qu'est-ce que tu fais ici ?
_ J'sais pas.
_ Mais tu ne sais rien ! Qui es-tu à la fin ?!
_ J'suis un Prince.
_ Prince de quoi ?
_ Prince de Rien.
_ Non, tu dois faire erreur, Rien c'est ici, moi je suis Princesse de Rien.
_ Merveilleux.
_ Je ne trouves pas .
_ Ah ? Navré.
_ Menteur.
_ Sans doute.
Ca aurait pu continué longtemps comme ça, si le temps avait existé. Nulle sortit un papier et un crayon, de Nulle-part. Elle a dit :
_ Tu penses à quoi ?
_ A rien.
_ Allez, un peu d'imagination !
_ Un peu de... quoi ?
_ De ... l'imagination...
_ C'est quoi ça ?
_ J'sais pas. Une idée en l'air.
Soupire. Aprés l'espoir et la certitude, le doute puis l'oubli, toujours. Je vais vous dire un truc : il n'y a pas de certitude, on n'est jamais sur, c'est impossible d'avoir des certitudes. Et ça, c'est une certitude.
_ J'ai envie d'être un Ange.
_ C'est quoi ça, un ange ?
_ Je.. pff, je sais pas, encore.
_ Si allez, souviens toi, ima... imagine ?
_ Imagine ...
*
Nulle-Part avait changé. A force de bavardage et d'imagination, le grand Rien était devenu un petit Tout. Soleil, ciel, terre, mer, horizon. Tout ce qu'il y avait de plus beau avait été inventé, et Nulle et Miracle étaient devenus des Anges. Miracle voulu créer la lune. Il y eut un conflit.
_ Et elle serait comment, ta "Lune" ?
_ Belle. Trés belle. Ronde parfois, mais rarement, en croissant la plus part du temps. Blanche, mais pas aveuglante ! Qui éclaire un peu, mais pas trop.
_ Non, j'suis pas d'accord.
_ Ben t'es nulle.
_ Sans blague ?
_ Ca t'fais quoi que j'invente la Lune ? Toi t'as pas demandé mon avis pour créer ce truc rond qui pique les yeux !
_ Il gène pas. Ta Lune, elle gène, elle dérange j'te dis.
_ Ah oui, et en quoi?
_ Elle dérange, c'est tout.
_ Et elle dérange qui ?
_ Des gens.
_ Ou ça ?
_ Là !
Et bam, ainsi furent crée : les gens. Oh malheur, oh douce folie que vous avez fait là, bande de garnements, était-ce vraiment necessaire...?
_ Mince... c'est quoi tout ça ? Ca prend d'la place bordel. T'as fais quoi là? Hey, ça pue, c'est grand, ca nous regarde bizarre. Bordel Nulle, qu'est-ce que t'as fais ?
_ Je... ben j'sais pas, c'est venu tout seul...
_ Tu vois, t'aurais mieux fais de me laisser la créer, cette Lune, sans rien dire, et à l'heure qu'il est, on la regarderait tous les deux sans se poser de questions.
_ L'heure qu'il est ? Comment ça, l'heure qu'il est ?
Une voix lanca : " 15h40"
_ Hein ? Attend là... bon sang Nulle, regarde les ! Ils se prennent pour qui? Ils inventent des choses tous seul, ils ont trouvé un moyen de...
En effet, sous les yeux de Nulle, les gens évoluaient. Trés rapidement les images changaient sous ses yeux : d'abord des gens courbés, barbus, sous des peaux de bêtes, puis des grandes robes de tissus, des rois, des chevaliers, des guerres, de la peur, des chansons, des...
_ CA SUFFIT ! Trop de mots nouveaux ! CA SUFFIT J'AI DIS !
Nulle s'était recroquevillé sur elle même, et pleurait.
_ Larmes ?
_ J'sais pas, j'men fous, y en a marre ! Qu'est ce qu'ils font? C'est quoi tous ces... objets, sentiments, impréssions? Des nouvelles choses, et des nouveaux mots attribués à ces choses nous tombent sur la gueule en quelques secondes sans qu'on ai le temps de comprendre, sans qu'on puisse leur expliquer.
_ Tu as crée des créateurs.
_ Mais j'voulais pas ! Nous, on a bien réflechis avant de créer chaque chose. Le soleil tu te souviens comme on était bien quand on l'a crée ? Et la mer, c'était beau non ? Et l'amitié ? Et le bonheur ? Pourquoi....?
_ Pourquoi ? Tu viens de créer une question a laquelle personne ne pourra jamais créer de réponse, Nulle. Vient maintenant, allons chercher un coin de soleil, un coin d'horizon. Je m'excuse pour la lune, je...
_ Trop tard, regarde au dessus de ta tête, quelqu'un y a pensé aussi apparement.
_ Je la deteste à présent, crois moi. Viens, ils ne savent pas qui l'on est, et ils ne le sauront jamais. Ou veux-tu aller ?
_ Nulle-part...
_ C'est... c'est impossible, je suis désolé.
_ "Désolé", "impossible", comment ces mots nouveau peuvent-ils venir bousculer nos parols de la sorte ? Bon sang, j'me deteste.
_ Ca aussi, c'est nouveau.
_ Et ca n'est que le début.
*
Puis il y eu une solution. Une nuit, juste avant le sommeil :
_ Tu penses à quoi, Nulle ?
_ A Ailleurs.
_ A ... quoi ?
_ Je... non je sais pas.
_ Si ! Sisi vas y, dit ! Imagine...
_ Ben tu sais, Alleurs... le soleil, tout ça...
_ Oui je vois, un peu comme dans un rêve.
_ Un... quoi ? Oh... oui, voilà, comme un rêve... Ailleurs...
_ Nulle, tu viens de créer la seule chose qui nous fera vivre et sourire encore un petit moment.
_ Je sais Miracle. Et tant pis pour Eux. On y va ?
# Posté le jeudi 10 février 2005 17:20

[ Il était une fois, puis autre, puis d'autres à la fois © ]

[ Il était une fois, puis autre, puis d'autres à la fois © ]
La Lutine sans histoire.


Il recevait chaque matin, un bouquet de fleurs mortes, qu'il posait dans un vase sans eau. Il n'avait d'autre amis que son crayon et ses croquis, sa seringue et sa douleur.
Il recevait chaque matin, un bouquet de rose mortes qu'il posait machinalement dans un vase sans eau.
Chaque samedi il partait acheter sept nouveaux vases pour les roses à venir. L'appartement était rempli de ces fleurs dont il ne fallait pas s'occuper. Et jamais il ne s'était posé la question, de savoir pourquoi, comment, et de qui lui parvenait ces fleurs.
Il n'avait d'autres amis que son crayon, ses croquis, sa seringue et sa douleur.
Seringue qui entrait dans ses veines, pour enlever la douleur. Douleur qui sortait de ses veines, ne laissant que le rêve. Rêve qui enveloppait son crayon, liberait ses envies, habitait le papier, créait un monde nouveau.
Monde de magie. Magie étrange et inconnue. personnages fictifs aux quels il inventait une histoire, un passé, un présent, un avenir. Fixés sur le papier à jamais, rêvant de s'envoler, seul lui les connaissait. S'était lié d'amitié avec la fée, racontait des blagues le soir avec le lutin bourré, et s'endormait toujours tout contre la lutine sans histoire.
La Lutine sans histoire avait été crée un soir sans seringue. Il y a trés longtemps. C'était avant tou, avant l'appartement, avant les roses mortes, avant tout ça. Un soir de douleur. La main tremblait, le crayon avait du mal à obeir, les yeux se fermaient regulierement de douleur.
Quand le dernier coup de crayon fut donné, il regarda son oeuvre. La lutine était là, pas vraiment souriante, et pourtant.. Un bouquet de roses mortes à la main. Bien centrée au milieu de la page. Pas si jolie que ça, et pourtant.. Il tenta, comme à son habitude, de s'evader, pour inventer à la lutine son passé, son présent, son avenir. Mais non, rien. Ce jour là, il s'enerva contre lui-même, brisa 18 vases, hurla comme jamais. Cela faisait si longtemps qu'on avait pas entendu le son de sa voix.. Il chercha l'erreur, que se passait-il pour que son oeuvre ne puisse pas vivre? Qu'avait-il fait de mal par rapport aux autres fois ? C'était evident.. Il s'empressa d'enfoncer l'aiguille dans son bras. Celle qui donne de la vie à ses oeuvres en lui volant la sienne. Mais il était trop tard. Il s'écroula sur le dessin, en demandant "pardon, pardon.."
Et s'endormit tout contre elle, la lutine sans histoire.

Un matin il se reveilla, et la lutine n'était plus là. Pas de dessin sous l'oreiller. Il chercha partout, retourna toute la maison, pleura autant qu'il put. Rien n'y fut, La lutine sans histoire avait disparu. La Fée tenta de le consoler, le lutin bourré lui proposa un coup à boire, mais non. Aucun de ces dessins n'avait cette importance, aucun de ces dessins ne lui donner un sens. Au moment de mettre ses tête entre ses mains pour se morfondre, il remarqua enfin..
Dans le creux de sa main, saignaient ces quelques mots :

" Il fait beau aujourd'hui, et moi je suis partie pour m'inventer cette vie que tu n'a pas su trouver. Dites adieux aux rose mortes, et bonjour à ma vie."

La sonette retenti. Il ouvrit la porte en gemissant toujours.

Sur la palier, un bouquet de roses rouges respirait.

Mais voilà, l'homme était égoiste. Sa lutine sans histoire n'avait le droit de vivre que sous son oreiller. L'homme était égoiste, sa lutine sans histoire n'avait pas droit de vivre si c'était pour rappeler, que lui était bien seul, que lui se laissait crever.
Il ecrasa le bouquet, l'enferma dans le noir, et le mit à secher. Le posa dans un vase sans eau, et s'assit sur une chaise pour mieux le regarder.
Les dessins l'observait, un peu jaloux sans doute, et puis perplexes, surtout.
Il resta là sur la chaise, à observer le bouquet mourire pendant plus de deux jours. C'était à n'y rien comprendre. Les roses restaient rouges, et rien ne voulait pourrire. L'homme se mit à pleurer.

Il n'avait d'autres amis que son crayon, ses croquis, sa seringue et sa douleur.
Il n'avait d'autre amour, que ce dessin raté qui voulait le quitter.

Il croyait avoir donné vie à celle qui le faisait vivre. Mais il avait raté quelque chose..

Une semaine passa, le bouquet était toujours le même. Soudain, on frappa à la porte.

[ Pourquoi ne sonne-t-il pas, ce foutu livreur ? ]

L'homme ouvrit la porte.

...

Elle ne souriait pas, et pourtant.. Elle n'était pas si jolie, et pourtant ..


La nuit tombe sur la ville. Dans l'appartement, les dessins ferment les yeux pour ne pas pleurer. Les croquis, le crayon, la seringue, et la douleur ont perdu un ami.
Là, sur la parquet, est allongé l'artiste. Sur son torse, on pouvait voir saigner ces mots :

"Ma vie contre la tienne. Avec tout mon amour."

Signé, là, prés du nombril : " La lutine, ton histoire".
# Posté le vendredi 03 décembre 2004 08:14